Le 10 novembre, 11h31 : quand les femmes commencent à travailler gratuitement 

par | Nov 10, 2025 | Discriminations et inégalités | 0 commentaires

Une date qui en dit long

Chaque année, elle revient inlassablement.

Ce moment symbolique, le 10 novembre à 11h31 (mouvement initié par Les Glorieuses) qui marque le moment à partir duquel les femmes travaillent « gratuitement » jusqu’à la fin de l’année (si l’on rapporte les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes).

Une date, une heure : elles représentent des années d’inégalités économiques qui sont encore profondément enracinées dans notre société.

L’inégalité salariale, un phénomène persistant.

En 2024, en France, l’écart moyen de rémunération entre les femmes et les hommes est de 14,9%* à emploi équivalent temps plein. Tandis qu’à poste comparable, il est de 4%*. 

Et même 7% chez les cadres (données APEC).

Ces écarts ne sont pas de simples chiffres : ils traduisent de nombreux mécanismes comme les stéréotypes de genre, le sexisme ordinaire, l’accès inégal aux postes de direction, les interruptions de carrière liées à la parentalité ou encore la dévalorisation des métiers à prédominance féminine.

Selon le ministère de l’Egalité, il y a moins de 2 femmes parmi les 10* plus hautes rémunérations dans les entreprises françaises. Et 63%* des travailleurs à bas revenus sont des travailleuses.

Ces écarts s’accumulent tout au long de la vie d’une femme, ce qui creuse aussi des inégalités à la retraite. 70%** des retraités pauvres sont des femmes, et les hommes touchent en moyenne 62% de plus de retraite que les femmes***

*Chiffres clés 2024, Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances issus de l’INSEE

**Observatoire de l’Émancipation Économique des Femmes, 2025

*** Données Fondation des Femmes

« C’est un sujet d’un autre temps » 
Non, pas vraiment.

Certains pensent que le combat pour l’égalité de rémunération est passé. Qu’on a déjà bien progressé.

Malheureusement non, il est encore bel et bien présent. 

D’autant que quand on regarde par tranches d’âge ou catégories de métiers, les écarts sont parfois bien plus importants : l’écart est de 18% en moyenne chez les ingénieurs d’après le baromètre annuel de l’IESF, et atteint même 30% dans les fonctions de direction générale, pour les quelques femmes qui y arrivent.

Bref, il y a encore un peu de pain sur la planche.

Rebecca Amsellem, docteure en économie, chercheuse et fondatrice des Glorieuses, a calculé qu’à ce rythme, l’égalité salariale ne sera atteinte qu’en 2167.

Dans 142 ans. 

Nous devrions attendre plus d’un siècle avant que les femmes et les hommes soient enfin payés à égalité.

 

Autant dire que l’on est encore loin du compte…

Ces chiffres traduisent une lenteur structurelle inquiétante. Certes, quelques progrès sont visibles du côté des lois et des politiques RH, mais dans la réalité, les biais culturels, les stéréotypes de genre, et l’impunité des violences sexistes et sexuelles au travail, à commencer par les agissements sexistes, freinent encore la marche vers l’égalité.

Derrière les chiffres, des réalités bien concrètes.

Et l’inégalité salariale a des impacts délétères dans la vie des femmes bien au-delà de la déception de leur bulletins de paie. 

L’autonomie financière, l’estime de soi, et de fait la place des femmes dans la société sont directement impactées.

Les inégalités salariales renforcent la précarité, et de manière encore plus accentuée pour les mères seules ou les femmes occupant des emplois à temps partiel.

Elles contribuent aussi à faire diffuser implicitement le message que le travail des femmes vaut moins que celui des hommes.

Et tant que ce message perdurera, nous n’atteindrons jamais l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Sans pouvoir économique égal, pas de place égale dans la société.

Mais pourquoi ça bloque encore ?

Les raisons sont multiples, et souvent entremêlées :

  • La sous-représentation des femmes dans les postes de direction, dans les métiers scientifiques et techniques, ou dans les fonctions les mieux rémunérées. 
  • La dévalorisation des catégories de métiers “féminins” par rapport aux métiers “masculins” [rappelons qu’en France, seulement 18 des 87 familles de métiers sont mixtes]
  • Les interruptions de carrière liées à la maternité.
  • La charge domestique, toujours répartie de manière inégale (70% des femmes sont concernées).
  • Les biais inconscients dans les processus de recrutement, d’évaluation, et les pratiques de management de manière générale.
  • L’organisation du travail lui-même, notamment dans les secteurs industriels.
  • Le manque de transparence sur les rémunérations au sein des entreprises. (La directive européenne sur la transparence des rémunérations qui arrive en 2026 saura-t-elle faire rempart ?) 

Et parfois, simplement le refus de voir que le phénomène persiste, ou de le traiter.

Que faire pour inverser la tendance ?

L’égalité salariale ne s’invente pas, elle se construit. Elle demande une action collective à différents niveaux. 

Pour les entreprises :

  • Mettre en place des audits réguliers sur les salaires, les processus d’augmentation, d’évaluation, les perceptions qui vont avec, et publier les écarts de rémunération.
  • Revoir ses pratiques et ses process avec une attention particulière au genre.
  • Former les managers et les équipes aux biais de genre.
  • Valoriser les parcours des femmes, notamment dans les secteurs et fonctions traditionnellement masculins.
  • Revaloriser les salaires dans les métiers à prédominance féminine, y compris dans les structures à majorité masculine.
  • Favoriser des conditions de travail équilibrées (télétravail, congés parentaux partagés, flexibilité horaire) pour que chaque individu puisse exercer équitablement ses compétences. 

Pour la société :

  • Encourager la transparence salariale.
  • Renforcer les obligations légales, et notamment conditionner l’accès aux marchés publics pour les entreprises à des obligations d’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes.
  • Revaloriser les grilles salariales des métiers dits “féminins”.
  • Lutter contre la division sexuée des métiers et encourager la mixité dès l’orientation scolaire : notamment les filles vers les STEM, et les garçons vers le CARE.
  • Faire évoluer les mentalités. L’égalité n’est pas uniquement dans les chiffres, mais aussi dans les esprits, et surtout dans les comportements.

L’égalité salariale, un indicateur de société

Ce que révèle cet instant symbolique du #10novembre11h31, c’est bien plus qu’un écart de revenus : c’est le reflet d’un système encore inégalitaire où le travail des femmes en continuant d’être sous-évalué, renforce l’idée de l’infériorité des femmes, et leur absence de liberté d’agir dans l’espace social.

C’est le symptôme le plus manifeste d’un déséquilibre plus global.

Aussi, le 10 novembre peut devenir un levier important. Il peut devenir un moment de prise de conscience collective. Comme un rappel que le changement ne dépend pas seulement du temps qui passe, mais des actions que nous choisissons de mener. 

Parce qu’aucune femme ne devrait travailler gratuitement.

Ni 2 mois, ni 2h.

Et parce qu’une société plus juste commence par la reconnaissance pleine et entière de la valeur du travail de chacune et chacun.

Vous voulez agir pour l’égalité salariale ? Signez la pétition des Glorieuses :

La pétition des Glorieuses #10novembre11h31