Lutte contre les discriminations au travail : la puissance des mots

par | Déc 8, 2025 | Biais, stéréotypes et préjugés, Discriminations et inégalités | 0 commentaires

Bien plus qu’un simple outil de communication, les mots façonnent nos perceptions, influencent nos attitudes et jouent un rôle central dans la manière dont nous interagissons avec les autres.

Dans un cadre qui regroupe des personnes d’horizons très variés, comme c’est le cas du milieu professionnel, les termes que nous choisissons et la manière dont nous nous exprimons peuvent soit renforcer les inégalités, soit promouvoir un milieu inclusif et respectueux. La lutte contre les discriminations au travail commence donc par le choix des bons mots.

Le poids des mots

Les mots ont une force considérable. Ils peuvent inspirer, motiver et créer des ponts entre les personnes, mais ils peuvent aussi exclure, marginaliser et perpétuer des stéréotypes. Un mot ou une phrase mal choisie peut, intentionnellement ou non, blesser ou discriminer.

Notre langage quotidien peut charrier, souvent à notre insu, de nombreux biais culturels et sociaux. Par exemple, le masculin générique utilisé pour parler de groupes mixtes et l’utilisation systématique de termes masculins pour désigner des rôles professionnels (« directeur », « ingénieur ») invisibilisent la présence et les contributions des femmes ou des personnes ne s’identifiant pas comme des hommes. De même, des expressions informelles ou des plaisanteries peuvent parfois véhiculer des préjugés raciaux, sexistes ou homophobes, contribuant à un environnement toxique.

Le rôle du langage inclusif

Le langage inclusif propose une alternative qui vise à reconnaître et valoriser la diversité. Il s’agit d’utiliser des termes et des formulations qui incluent et représentent toutes les identités. Il faut savoir que le masculin, s’il peut être utilisé de manière générique, n’a aucune valeur de neutre. Pourquoi ? Parce que cela génère une ambiguïté et que le cerveau ne supporte pas les ambiguïtés, il a besoin d’apporter constamment du sens et d’attribuer un genre dès que l’on parle d’individus. Ainsi, quand on demande à des personnes d’imaginer un groupe de musiciens, la première image qui leur vient à l’esprit est dans la majorité des cas celle d’un groupe d’hommes.

L’écriture inclusive est souvent réduite au point médian (le fameux collaborateur·rice) qui semble cristalliser tous les débats et toutes les animosités. Or, il ne s’agit que d’une solution parmi tant d’autres. En d’autres termes, c’est comme réduire le régime végétarien à la seule consommation de tofu. 

À savoir : s’il n’existe pas de règles à proprement parler, le langage inclusif est régi par trois conventions.

1 – Accorder en genre les noms de métiers, titres, grades et fonctions

2 – Éviter le masculin générique

3 – Éviter les expressions sexistes et dégradantes

Il existe de nombreuses possibilités de s’exprimer de manière inclusive, à l’écrit comme à l’oral. On peut d’ailleurs aussi le faire de manière moins ostensible qu’avec le point médian, histoire de ne pas se faire taper sur les doigts. On peut par exemple parler d’équipe plutôt que de collaborateurs et collaboratrices, de la direction plutôt que du directeur ou de la directrice. Ou bien utiliser des mots épicènes (dont la forme ne varie pas avec le genre), comme dire les personnes au lieu de dire les hommes. En fonction de l’intention et de la cible du message, on peut donc opter pour des termes ou tournures neutres ou encore pour des termes au féminin (si l’on veut donner plus de visibilité aux femmes). Il est également possible d’alterner les genres ou de mettre à chaque fois le féminin et le masculin côte à côte pour s’assurer de bien parler de et à tout le monde.


Le langage inclusif ne connaît pas de règles strictes ni d’obligation à la perfection, rien n’empêche donc de laisser libre cours à sa créativité.

Langage inclusif et culture d’entreprise

Adopter un langage inclusif au sein de sa structure, c’est profiter de ses nombreux bénéfices, tant internes qu’externes. Cela permet notamment de créer et renforcer le sentiment d’appartenance. Une personne qui se sent vue, entendue, prise en compte et respectée est plus susceptible de s’investir pleinement dans son travail ainsi que dans la vie de son entreprise.

Le langage inclusif agit également comme un levier pour déconstruire les discriminations systémiques en remettant en question les normes établies. Il contribue à sensibiliser les équipes et à encourager des pratiques plus équitables, depuis les processus de recrutement jusqu’aux interactions quotidiennes. 

Une étude menée en 2018 par Tanja Hentschel et ses collègues de l’université de Berne, en Suisse, a montré que si une publicité (en langue allemande) présentait un métier seulement au masculin (p. ex. conducteur), les femmes se sentaient moins concernées que si la même publicité présentait le métier au féminin et au masculin (conducteur ou conductrice). Cela ne fait que confirmer l’impact des mots sur nos représentations mentales et notre perception de notre environnement.

Les entreprises qui adoptent un langage inclusif démontrent leur engagement envers des valeurs de diversité et d’inclusion. Cela peut renforcer leur image auprès des parties prenantes, attirer et garder des talents de tous horizons et améliorer leur compétitivité dans un monde où la diversité est de plus en plus valorisée. Cela permet donc de faire progresser activement l’égalité des genres, tout en exprimant des valeurs fortes qui permettent de toucher un public plus large, tant en termes d’équipe que de clientèle.

Maintenant, comment intégrer cette pratique de la langue au sein des entreprises ?

Cela passe tout d’abord par la sensibilisation. Organiser des formations sur les biais implicites et les avantages du langage inclusif permet d’ouvrir un dialogue et de donner les outils nécessaires pour évoluer. Les politiques internes doivent, elles, refléter l’engagement de l’entreprise envers l’inclusion. Cela peut inclure la rédaction de guides sur le langage inclusif, la révision des descriptions de poste, et l’intégration de ce concept dans les valeurs d’entreprise.

L’inclusion est un sujet crucial pour les entreprises qui assument leur responsabilité sociale. Construire des environnements de travail où chacun et chacune se sent à sa place et valorisé·e passe par le choix des mots. En effet, leur puissance n’est pas à sous-estimer, surtout qu’il s’agit là d’un outil gratuit, à la portée de tout le monde.

En choisissant nos mots avec soin et en remettant en question les conventions linguistiques discriminatoires, nous faisons un pas significatif vers une société plus juste et équitable. Adopter un langage inclusif, c’est incarner et afficher pleinement son engagement envers une société plus inclusive, juste et équitable. C’est affirmer que chaque voix mérite d’être entendue et respectée.