Le 11 février avait lieu la Journée internationale des femmes et des filles de science.
Et chaque année, cette journée nous rappelle une évidence : les sciences ne sont ni masculines, ni féminines. Elles sont avant tout humaines.
Un constat qui ne progresse pas assez vite
Malgré les discours en faveur de la mixité, les femmes restent largement sous-représentées dans les filières et carrières scientifiques.
Selon le Ministère chargé de l’Égalité, les femmes représentent seulement 35 % des diplômé.es dans le secteur des STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) dans le monde.
En 2022, seulement 31,1 % des chercheurs dans le monde étaient des femmes (Nations Unies).
De plus, le doute et la peur de ne pas être légitime ou de ne pas « avoir le profil » ne sont pas anecdotiques. En effet, 15 % des femmes déclarent avoir redouté ou renoncé à s’orienter vers des filières ou métiers scientifiques. Ce chiffre monte à 22 % chez les 25-34 ans (HCE, 2023).
En d’autres mots, l’autocensure existe. Et elle est liée à la menace du stéréotype.
Elle provient en effet de stéréotypes persistants comme le fait de croire que les garçons seraient naturellement plus logiques, plus rationnels et plus faits pour les mathématiques. Quant aux filles, elles seraient plus douces et plus tournées vers le soin ou la communication.
Ces croyances fausses et limitantes sont intériorisées dès l’enfance et influencent les choix d’orientation, la confiance en soi et les trajectoires professionnelles.
Sciences et égalité de genre : un enjeu commun
Pourquoi est-ce un problème que les femmes soient moins nombreuses dans les sciences ?
Parce que les sciences façonnent le monde dans lequel nous vivons et qu’un monde pensé sans la moitié de la population ne peut être pleinement adapté aux besoins de toutes et tous.
Les algorithmes que nous utilisons, les médicaments que nous consommons, les infrastructures que nous empruntons, les innovations que nous développons : tout cela est pensé, conçu et testé par des équipes humaines.
Et quand ces équipes manquent de diversité, les biais s’invitent dans les résultats.
Des airbags testés uniquement sur des morphologies masculines. Des traitements médicaux étudiés majoritairement sur des hommes.
Des bâtiments chauffés et des villes éclairées en fonction des besoins “moyens” observés sur les hommes essentiellement.
Et des technologies qui reproduisent des stéréotypes de genre.
L’égalité de genre dans les sciences n’est pas seulement une question de représentation, c’est surtout une question de qualité, d’innovation et de justice.
Favoriser la mixité dans les filières scientifiques, c’est enrichir les perspectives et multiplier les approches. C’est aussi envoyer un message fort aux générations futures : les femmes ont toute leur place dans les sciences, autant que les hommes.
Des pionnières qui ont ouvert la voie
Si les femmes restent sous-représentées aujourd’hui, elles ont pourtant toujours été présentes dans l’histoire des sciences, parfois invisibilisées, souvent minimisées.
Ada Lovelace : la première programmeuse
Elle reçoit une éducation scientifique rare pour une femme du XIXe siècle. À 17 ans, elle rencontre Charles Babbage et s’intéresse à sa machine analytique.
En 1842, elle traduit un article sur cette machine et y ajoute des notes personnelles. Dans ces notes figure le premier algorithme destiné à être exécuté par une machine. Elle développe notamment un programme pour calculer les nombres de Bernoulli.
Son héritage perdure aujourd’hui à travers le langage informatique ADA, utilisé par exemple dans l’aéronautique et la défense.
Hedy Lamarr : une invention derrière le Wi-Fi
Connue comme actrice hollywoodienne, elle a aussi été inventrice. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle co-invente une technologie de saut de fréquence destinée à sécuriser les communications militaires.
Cette innovation servira plus tard de base à des technologies que nous utilisons aujourd’hui, au quotidien : le Wi-Fi, le Bluetooth, le GPS.
Longtemps ignorée pour son travail scientifique, elle ne recevra une reconnaissance officielle pour son invention que tardivement, bien après la guerre.
Katherine Johnson : les mathématiques au service de l’espace
Mathématicienne américaine, elle rejoint en 1953 le centre de recherche Langley de la NASA en tant que « calculatrice humaine ».
Ses calculs ont joué un rôle important dans les missions Mercury et Apollo, notamment pour déterminer les trajectoires des vols spatiaux.
Elle a su s’imposer par la rigueur et la précision de son travail, dans un contexte marqué fortement par les barrières raciales et la sous-représentation des femmes dans les sciences.
En 2015, elle reçoit la Médaille présidentielle de la liberté.
Faire de la science un espace réellement inclusif
Mettre en lumière ces figures ne suffit pas.
L’enjeu n’est pas seulement de célébrer des exceptions, mais de transformer les structures.
Cela passe par :
- Des politiques éducatives qui encouragent la mixité dès le plus jeune âge
- Des environnements de travail inclusifs sans sexisme
- Des rôles modèles visibles et diversifiés
- Une lutte active contre les stéréotypes dans l’orientation et le recrutement.
L’égalité femmes-hommes dans les sciences n’est pas un « bonus ». C’est une condition pour répondre aux défis majeurs de notre siècle.
En conclusion
Les sciences ont besoin de diversité.
Et les filles ont besoin de voir qu’elles y ont toute leur place.
L’égalité ne progresse pas toute seule.
Le futur scientifique que nous construisons aujourd’hui doit pouvoir être imaginé, conçu et dirigé par toutes et tous.
Le monde a besoin de la science et la science a besoin des femmes.
